Jeudi 18 septembre 2008
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C'est un roman boulversant que j'ai lu entre Paris et Bordeaux. Il n' a tenu que la moitié du voyage, trop court. Mais
quel voyage.... De ces errances qui vous donnent des frissons sur la peau ou des larmes aux yeux. Une promenade? Un exil. Un départ pour l'inconnu, avec ce qu'il a de douloureux et de définitif. Le
chant du signe d'un monde. le début d'un autre. Et deux vies: l'une, vieille qui a tant de choses à transmettre, à dire pour que cela lui survive , l'autre, trop jeune pour tout comprendre, mais
qui sait obscurément que le passé est inestimable.
Nous sommes en 1974 à Nice. Mais peu importe. Cette réalité là est si lointaine dès que se referment les portes du petit appartement où Sonia vit avec sa grand mère. Babouchka est âgée.
Elle vient d'un autre temps, d'une autre classe. Celle des russes blancs, qui ont du fuir la révolution d'octobre.Elle vit dans son passé, obsédée par l'assassinat des Romanov. Elle consume ses
derniers jours dans des lettres vaines à toutes les autorités politiques et culturelles de cette France dont elle parle si mal la langue: elle sait ce qui s'est passé cette nuit là, ce qu'il est
advenu d'Anastasia...Mais dans cette France repue, en pleine période des Grandes Glorieuses, qui se soucie des divagations d'une vieille immigrée? Personne, sauf Sonia, sa petite fille, prête à
tout pour que sa Babouchka trouve le repos de l'âme. Mais que peut-elle, gamine de treize ans, rejetée par une mère que l'instinct maternelle est loin d'étouffer, séparée d'un père indifférent à ce
qui ne sert pas sa carrière?
La Promenade des Russes (Véronique Olmi) est admirable de nostalgie et de douceur. Cela se savoure, se boit de tous les pores, comme le chant de la balalaïka après la dernière
gorgée de vodka. C'est le souvenir de la neige en plein juillet. Une sorte de miracle du passé, qui fait revenir à travers les lignes nos morts chers et l'héroïsme de l'enfance.